Du dentifrice bio pour les quenottes

Depuis le Japon, où elle avait pris l’habitude de me suivre comme un petit chien dans l’appartement (oui, à 4 pattes) , Tornado adore faire à peu près tout ce que je fais… brossage de dents inclus. D’habitude le concept de petit singe n’est pas pour me faire plaisir (“ne touche pas ce couteau de 15cm”,  “non pas la tasse de thé bouillante”, “ne déshabille pas ton frère comme ça”… c’est infini…), heureusement mon top 3 des truc qu’elle peut refaire sans que ce soit un problème est :

-manger des fruits et légumes
-ranger sa chambre
-se laver les dents

Dès que j’ai découvert la passion de ma fille pour le brossage de dent, on a couru le jour même au Toys’R’us d’Ikebukuro pour lui acheter une brosse à dent adaptée à ses quatre petites dents.  Ca semble peut-être bizarre, mais j’avais déjà évoqué le fait que les produits pour nourissons sont des choses rarissimes : rien dans les convini, rien dans les supermarchés et pas toujours dans les kusuri-ya – sorte de parapharmacie, donc mon shopping “bébé” c’était Toys’R’us… Il faut voir qu’en plus, l’hygiène buccale au Japon c’est encore quelque chose de très particulier! Pour peu que vous déchiffriez le kanji des dents (ha), vous découvrirez un monde merveilleux de clinique dentaire, parfois  2 ou 3 tous les km. Je m’étais amusée à les compter entre l’appart’ et la station de métro… Les japonais font-ils tellement attention à leur dentition? Je dirais que non, en fait. D’où la nécessité d’avoir autant de dentiste pour soigner les caries, les plombages, et changer les bridges de cette population vieillissante. Personnellement, je crois qu’en 3 mois je n’ai du voir qu’une seule pub pour le dentifrice (une marques américaine en plus) alors que j’ai découvert des pub pour le placenta en gélule, des bas de contention pour jeune fille, de la bière pour homme et de la bière pour femme qui te fait te sentir bien et fraîche… Oui, je sais, en France c’est le déo ou les tampons, eux c’est la bière, on en reparle après qu’elles aient vomis sur leur stilettos? Un gouffre socio-culturo-hygiénique, vous dis-je!

(parce que culturellement, au Japon, il faut avoir des dents noires, ou pour les filles avoir une double rangée de dents, ça fait petite fille et c’est ultimate kawai... perso, je trouve que ça fait dents pourries et c’est tout)

DSC_0108Enfin, en France,  j’ai  trouvé de quoi initier Tornado au brossage de dents

, sans dentifrice, en attendant de rentrer en France, où je savais que je pourrais trouver des produits dont je connaitrais la composition. Si les dentistes vous conseillent toujours de commencer le brossage dès que possible, il est aussi dit que le dentifrice attendra les 2ans de l’enfant.. avant il avale inlassablement la pâte.
C’est pourquoi j’ai cherché du côté des dentifrices bio. Certes, ça ne sert pas à grand chose, si ce n’est “faire comme les grands”, mais c’est mieux que le dentifrice “conventionnel”. J’ai trouvé mon bonheur chez Coslys (parce que c’est une marque qui me convient, personnellement et que leur gamme bébé est sympa aussi). Tornado a bien évidemment voulu manger le dentifrice jusqu’à ce qu’elle comprenne (il n’y a pas longtemps) que ça ne fonctionnait pas comme ça.
Globalement, je suis contente que la miss continue de trouver du plaisir à se laver les dents, avec SON dentifrice à elle, au goût de fraise, très doux, et son packaging. Elle a bien compris que c’était le sien, et maman à un dentifrice pour ses dents à elle. Et maintenant je suis bonne pour recommencer depuis le début avec Zéphyr, 9 mois, 7 dents…déjà…

DSC_0103DSC_0104

Advertisements

La dénatalité au Japon – Etat des lieux après quelques annonces politiques –

En arrivant au Japon, je m’étais promis de faire un article sur le déclin de la natalité et cette pénurie de bébé. Quel ne fut donc pas mon étonnement de voir autant de poussette dans les rues, les parcs et des parents porter bébé en écharpe pas rigide pour un sous, la tête du nourrisson pas encore bien fixée à son cou et  je ne parle pas du dos  (du coup, c’était entre étonnement et effroi, pour ce cas précis).  J’ai eu la réponse quelques semaines plus tard.

Le mois de mai est le mois un peu familial, entre le Kodomo no Hi (5 mai) , la fête des mères et des pères qui suivent à quelques semaines d’intervalles. Cette année, ça nous fait les 3 week-end de mai (5, 12 et 19 mai!). Du coup, le pouvoir politique sort ses chiffres et ses meilleures blagues mesure(tte?)s.
Alors que le 5 mai toutes les télés retransmettaient joyeusement les manifestations d’enfants jouant pour le Kodomo no Hi, interviewant au passage quelques couples sans enfants qui semblaient bien embêtés de raconter que “pourquoi pas un enfant, mais vous comprenez, c’est “chotto”…(hyperbole japonaise pour ne pas répondre directement “non”)”, le 7 mai sont tombés les chiffres de la “dénatalité”. Un petit mot qui fait fantasmer l’occident sans en toucher une à la société japonaise. Mais, s’inquiétant de comment payer les retraites d’une population vieillissante de plus en plus nombreuse, le pouvoir en place annonce… annonce…

Ainsi, le 7 mai, Mme Mori Masako (attention à l’intitulé) la Ministre d’État chargée de la Sécurité alimentaire et de la Consommation, Ministre d’État chargée des mesures contre la Dénatalité, Ministre d’État chargée de l’Égalité sociale et des sexes également chargée du Soutien à la garde d’enfants et à la vitalité féminine, a du expliquer les chiffres de la population de moins de 15 ans et, pour l’honneur, sortir 2-3 jolies histoires pour qu’un jour, peut-être, les japonaises fassent des bébés.
En 2012, la population des enfants de moins de 15 ans a encore chuté, à moins de 13% de la population totale, avec à peine 3,16 millions d’enfants entre 0 et 2 ans, un chiffre qui décroit d’année en année. Parmi ce déclin flagrant, seuls 2 districts (sur 47) tirent leur épingle du jeu avec un chiffre croissant : Tôkyô et Okinawa … soit les districts avec la plus forte proportion d’étrangers (je dis ça, je dis rien), compte tenu des divers expatriés occidentaux, des communautés chinoises et coréennes (moins visibles) à Tôkyô et les bases américaines d’Okinawa. Que le Japon ne soit plus capable, seul, de se renouveler démographiquement, est un fait qui ne dérange aucunement les petits vieux japonais, incommodés par le bruit des enfants qui jouent, mais qui remue les méninges des petits français,  notamment les amoureux du Japon, qui voient en ces statistiques la mort d’un pays, d’une culture, d’une société… qui ne bronche même pas.

Parce qu’il faut bien le reconnaître, les mesurettes Abe/Mori pour faire repartir la natalité ont de quoi faire sourire : le gouvernement va éditer un guide  intitulé “Inochi to josei no techo” –  “Manuel de la vie et de la femme” – distribué aux collégiennes dès 2014 et censé leur donner envie de faire des bébés. Remarquez, cela peut marcher, si en plus (deuxième mesure discutée depuis mars dernier), on abolit l’accès à l’avortement… (oui, vous avez bien lu).
Quel pas, messieurs, quelle avancée pour l’égalité des femmes et leur droit à disposer de leur corps!! Sachant que le Japon ne propose pas véritablement un accès à la contraception en dehors des préservatifs masculins, on se dit que oui : pas de contraception + pas d’information + pas d’avortement = pleins de bébés. Logique imparable. Et tellement rétrograde que, si je n’avais pas déjà la nausée, elle viendrait naturellement.
Et si pour soigner la dénatalité, on soignait la connerie le machisme la vision androcentrée de cette société japonaise?

Cela dit, le Premier Ministre Abe Shinzo semble avoir un peu mûri ses positions de 2006/2007 quand il traitait les femmes de simples “machines à faire des bébés” , quand en avril dernier et plus récemment à l’occasion de la fête des mères, il a réitéré son souhait d’ouvrir 250.000 places de crèches (en comparaison, en France, où l’offre est reconnue comme l’une des meilleures même si elle n’est pas parfaite, il manque au moins 400.000 places de crèches!). Peut-être qu’entre temps, M. Abe a prit le temps de lire les rapport successifs d’entité économique reconnnue, dont celui du World Economic Forum ; The Global Gender Gap Report 2012, qui place le Japon à la 101ème place (sur 135 pays) avec le plus de disparités entre homme et femme. Les quelques pages mentionnant le Japon (sur les 381 au total)  du rapport indiquent que le Japon pourrait gagner  près de 16% de PIB en réduisant ces disparités. (oui j’ai lu ces pages… :p). Le rapport pointe du doigt que c’est spécifiquement la place de la femme (et non des filles comme dans beaucoup de pays) qui vaut au Japon une si mauvaise place. En effet, jusqu’à leur majorité, les japonaises ont accès à la même éducation, soins, et autres que les hommes, à la différence de l’Inde, par exemple, classé 105ème. Ainsi, arrivées dans l’entreprise et pire, mariées, les femmes japonaises n’existent plus! Différence salariale, postes subalternes, et cette pression sociétale qui veut qu’une future mère quitte son entreprise (elle pourrait gêner ses collègues et ça, ça ne se fait pas au Japon).
Il existe bien un texte qui prévoit des congés maternités, mais entre la théorie et la pratique, il y a le “savoir-vivre” japonais et madame est priée de laisser sa lettre de démission en même temps que sa déclaration de grossesse.

Bref, être mère au Japon, c’est ne plus exister. Certaines occidentales (européennes, canadiennes…) s’étonnent toujours sur leurs blogs que les salutations d’usage quand on est maman ressemblent moins à un “comment allez-vous?” qu’à un “qu’est ce qu’il a grandit, n’est-ce pas?”.
La MILF japonaise, c’est pas pour demain!

sources:

http://www.atlantico.fr/pepites/japon-nombre-enfants-moins-15-ans-atteint-plus-bas-niveau-historique-1649-millions-718675.html
http://japandailypress.com/japanese-govt-proposed-handbook-on-pregnancy-childbirth-criticized-by-womens-groups-0828487#more-28487
http://japandailypress.com/politician-proposes-banning-abortion-to-improve-japans-birthrate-0224411
http://www.ft.com/cms/s/0/f13c8044-a8ee-11e2-a096-00144feabdc0.html#axzz2TercbVUg
http://www.weforum.org/issues/global-gender-gap